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Dates des premiers convois arrivant à Auschwitz


- Ghettos avoisinant Auschwitz : mars 1942
- Slovaquie : 26 mars 1942
- France : 30 mars 1942
- Pays-Bas : 17 juillet 1942
- Belgique : 5 août 1942
- Yougoslavie : 18 août 1942
- Camp-ghetto de Theresienstadt (Tchécoslovaquie) : 28 octobre 1942
- Norvège : 1er décembre 1942
- Allemagne : 10 décembre 1942


L'année 1942

1942 : la mise en place du génocide des Juifs d'Europe

L’année 1942 constitue une année charnière dans la mise en œuvre du génocide des Juifs par le IIIe Reich. Si l’antisémitisme figure au cœur de l’idéologie nazie, si la haine des Juifs structure la vision du monde de ses partisans, leurs manifestations vont toutefois évoluer profondément entre 1933 et 1942.


Certes, l’exclusion et la violence les caractérisent dans la durée. Mais la prise de contrôle de la Pologne en 1939 puis de nouveaux territoires à l’Est avec le déclenchement de la guerre contre l’URSS en juin 1941 s’accompagnent d’une radicalisation de la violence perpétrée contre les Juifs. À l’automne 1941, alors que la perspective d’un effondrement rapide de l’Union soviétique s’éloigne, les dirigeants nazis lancent un programme d’assassinat massif des populations juives, d’abord locales puis progressivement étendu à l’échelle européenne.

La décision de procéder à l’assassinat systématique des Juifs d’Europe est prise au cours du second semestre de l’année 1941, au plus haut niveau du régime nazi par Adolf Hitler et le chef de la SS Heinrich Himmler. Sa réalisation débute pleinement en 1942 lors d’une conférence tenue dans la banlieue de Berlin, à Wannsee. 14 hauts responsables de la SS et des principaux ministères sont réunis par Reinhard Heydrich, le chef de l’Office central de sécurité du Reich (RSHA). Cette réunion vise à définir les modalités d’application de l’extermination des Juifs d’Europe en associant l’ensemble des administrations allemandes concernées.

 

L’extermination à l’échelle du continent repose sur la création de sites de mise à mort. Chelmno est ouvert en décembre 1941, et  les centres de mise à mort de l’Aktion Reinhard, le programme d’assassinat des Juifs de Pologne - première communauté européenne avec 3 300 000 personnes dont 90 % sont effectivement tués- ouvrent entre mars et juillet 1942. Belzec le 17 mars 1942, Sobibor en avril et Treblinka en juillet. Le 23 juillet, un premier convoi de Juifs transférés de Varsovie arrive à Treblinka, étape initiale dans la liquidation du plus grand ghetto de Pologne. Le camp d’Auschwitz-Birkenau devient à compter du printemps 1942 le centre de la déportation européenne des Juifs et de leur assassinat.

L’année 1942 constitue un tournant pour les populations de toute l’Europe, notamment en France

Dès l’occupation en 1940, les Juifs sont frappés par les directives allemandes et celles du régime de Vichy qui visent à les mettre au ban de la société en définissant au préalable des critères d’identification.
Ces mesures se précisent et se radicalisent au fil des mois, provoquant l’internement de plusieurs milliers d’individus, leur retrait de nombreuses professions comme de pans entiers de la vie quotidienne, légalisant aussi le pillage économique. Des rafles vont frapper dès mai 1941 des hommes juifs étrangers en zone nord, avant de toucher également des personnes de nationalité française en décembre 1941.


Au printemps 1942, l’application des décisions radicales adoptées par le régime nazi se met en place, avec la complicité du régime de Vichy qui entend affirmer ses prérogatives et sa loyauté envers les autorités d’occupation, plus encore après le retour au pouvoir comme vice-président du Conseil de Pierre Laval en avril 1942, aux côtés du maréchal Pétain.


Le responsable des affaires juives de la Gestapo en France, Dannecker, organise le départ d’un premier convoi de Juifs à destination d’Auschwitz le 27 mars 1942, dans une optique de représailles après les attaques commises contre les troupes allemandes. Il se compose de 1 112 hommes. Les convois reprendront à partir de juin et plus encore dans les mois suivants. L’arrestation et l’internement des Juifs les destinent désormais à la déportation et à la mort.


Des rafles perpétrées dans les semaines suivantes frappent des familles entières, à Paris à partir de la mi-juillet et en zone sud à partir du 26 août. 10 000 Juifs venant de la zone non occupée seront remis ainsi au IIIe Reich.

Au cours de la seule année 1942, plus de deux millions et demi de Juifs d’Europe sont assassinés. S’agissant de la France ou de la Belgique par exemple, près de la moitié du nombre total de victimes sont tués. Entre mars et novembre, 43 convois avec 42 000 Juifs déportés quittent la France.
Mais si 1942 marque cette étape cruciale dans l’accomplissement du génocide, les mesures d’exclusion et de persécution, notamment les rafles de l’été 1942, suscitent une prise de conscience d’une partie grandissante de l’opinion française qui favorise le sauvetage de la majorité des Juifs de France.

Répartition des victimes par pays (dans les frontières de 1937)

Les chiffres du bilan établi par Raul Hilberg sont des minima. Pour certains historiens, le nombre des victimes est plus élevé et pourrait atteindre le chiffre de 6,5 millions.

 

Selon R. Hilberg (1)

Selon l'Enzyklopädie des Holocaust (2)

Europe de l'Est

Pologne

environ 3 000 000

2 900 000 à 3 000 000

Lituanie

environ 130 000

140 000 à 143 000

Lettonie

70 000

70 000 à 71 500

Estonie

2 000

1 500 à 2 000

Roumanie

270 000

271 000 à 287 000

URSS

plus de 700 000

1 000 000 à 1 100 000

Europe centrale et balkanique

Allemagne

environ 120 000

134 500 à 141 500

Autriche

environ 50 000

50 000

Tchécoslovaquie

260 000

146 150 à 149 150

Hongrie

plus de 180 000

550 000 à 569 000

Yougoslavie

60 000

56 200 à 63 300

Grèce

60 000

60 000 à 67 000

Europe occidentale

France

75 000

77 320

Belgique

24 000

28 900

Pays-Bas

environ 100 000

100 000

Luxembourg

environ 1000

1 950

Italie (y compris Rhodes)

9 000

7 680

Norvège

environ 1000

762

Total général

environ 5 100 000

5 596 000 à 5 860 000



(1) D'après Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Fayard, 1988.
(2) E. Jäckel, P. Longerich, J.H. Schoeps (dir.), Enzyklopädie des Holocaust, Argon, 1993, 1ère édition, Israël Gutman (dir.), 1990.




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